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Si ce monde vous déplaît, imaginez-en d'autres.


Muséogames

Rédigé le Mardi 27 Mars 2012 à 12:18 | Lu 2203 fois


« Les jeux vidéo résultent d’un souhait naturel de faire faire aux ordinateurs des choses amusantes. »

Nolan Bushnell, père de « Pong » et fondateur d’Atari


Rétroviseur

Museogames, Musée des Arts et Métiers, 2010
Museogames, Musée des Arts et Métiers, 2010
Le jeu vidéo a 30 ans. Son entrée au Musée des Arts et Métiers vaut-elle légitimation ? Le jeu vidéo comme objet technique façonné et construit avec du (des) métier(s), comme moment de culture et d’innovation, comme un art ? 
 
À trente ans d’âge, la photo était réinventée par Nadar, le cinéma se découvrait sonore. La photo obtenait reconnaissance au Palais de l’Industrie (mais restait exclue des Beaux Arts). Avec The jazz singer, le cinéma inaugurait le film musical et un nouvel art du divertissement à Hollywood. Les frères Lumière disaient que «le cinéma est une invention sans avenir» mais eux-mêmes, derrière leur caméra, en dessinèrent le futur. Il en va de même du jeu vidéo, pris successivement, et de manière accélérée, entre technique, art, jeu, perspectives de profits colossaux, industrie et cracks spectaculaires. 
 
Exposer 30 ans de consoles et de jeux vidéo demande d’abord d’en faire le déballage et le rangement. Avec cette particularité, que tous ces objets se trouvent toujours sur Ebay. Au musée d’en faire l’inventaire. D’en écrire l’histoire sociale et culturelle.
 
C’est le moment de rejouer la courte histoire du jeu vidéo et de la raconter. Plus qu’une exposition, plutôt qu’une célébration, il s’agit d’une opportunité, d’un moment exposition, de la mise à jour de la situation des jeux vidéo et de leur entrée dans nos vies. Je me souviens l’arrivée à côté du téléviseur du salon familial de ma première console. Je me souviens des PC sur lesquels je jouais dans les open spaces désert d’IBM à la tour Générale de la Défense. Je me souviens de l’argent chapardé dans les poches des parents pour payer des parties d’Asteroïd ou de Pacman au café à côté du lycée. 
 
Et pendant ce temps, machines et logiciels étaient inventées, matériels électroniques et code en basic apparaissaient, une industrie mondiale du divertissement vidéoludique connaissait ses premières guerres économiques, avec trophées et perdants. 
 
En 2010, 99% des adolescents jouent aux jeux vidéo. Deux joueurs sur cinq sont des femmes. Les blocs opératoires et les bourses recourent aux technologies des jeux de simulation pour opérer plus efficacement les malades et sur les marchés. L’armée américaine recrute ses soldats dans les salles d’arcade et équipe ses recrues de consoles pour les entraîner hors sol au combat. De jeunes Chinois et Coréens meurent de fatigue devant leurs écrans, meurent du jeu monnayé contre un salaire, le salaire des mondes virtuels persistants massivement multijoueurs. Quant à Hollywood, la manchine à rêver cinématrographique n’est plus qu’un produit d’appel dérivé des packages imaginés par les compagnies de jeux vidéo. 
 
Le jeu vidéo a 30 ans, j’en ai 40. Ma fille a 10 ans et joue paisiblement à Animal Crossing où elle retrouve ses amies. 
 
Avec Museo Games, c’est de notre histoire personnelle et collective qu’il est question. En jouant des métiers, des objets, des récits, avec d’autres lieux de parole et d’analyse, à nous d’essayer de nous raconter cette histoire. 
 
 
Pierre Giner, Museo Games
 
 
 

// Commissariat 
Pierre Giner, Stéphane Natkin, Loïc Petigirard
// Scénographie
Pierre Giner
 
avec l’appui éditorial et graphique 
de Poptronics et Trafik
 



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